Boganmeldelse


Frei Betto, Hotel Brasil


Frei Betto, Hotel Brasil, roman traduit du portugais (Brésil) par Richard Roux. Introduction et notes du traducteur. éditions de l’aube 2004. Titre original: Hotel Brasil; São Paulo, 1999 ISBN 2-7526-0263-4

En fabelagtig historie. Men den virker absolut realistisk i sine personbeskrivelser og miljøet.

I en familiepension i Rio de Janeiro, som ledes af en gammel - absolut respektabel - dame krydser mænd og kvinder hinanden.

Der er rigtig mange sammenflettede tråde.

Man lærer en del om Brasilien - og om mennesket.

Anbefales varmt til alle, der har noget grundlag i fransk.

Broder Betto er kirkemand og journalist, på udgivelsestidspunktet rådgiver for præsident Lula.

Det er en kriminalroman, hvor hovederne ruller, siger bagsiden. Kriminalhistorien er dog tynd, ikke specielt spændende, morderen ikke så sandsynlig - der er dog små antydninger undervejs - som jeg først så bagefter.

På side 116 optræder en sammenstilling af Thor og “l’Égyptien Horus”, som jeg overhovedet ikke kan få en mening ud af.

Men bogen skildrer med socialt engagement et antal pensionærer på et familiepensionat i Rio. Og de udgør et spejlbillede af dagens brasilianske samfund.

Fortællingen er fantastisk engagerende, meget morsom og meget mere frimodig, end jeg havde ventet af en katolsk broder (Frei). Dona Dinó, der har pensionatet, er helt respektabel. Hovedpersonen hedder Candida, men jeg har ikke læst Candide - så der en facet, jeg helt taber. Vi lærer en politiker og en journalist at kende. Og 2 ludere, bordelmutter Madame Larência (4 afsnit), der faktisk skildres sympatisk, både i forhøret hos kommissær Del Bosco, og da hun anskaffer sig en ny pige, Doralice (som er den anden). Madame Larências far har opfattet det sådan, at han havde en ret til den første nat. Han er lille embedsmand, ansat ved banen. Han giver hende en særlig fin parfume, da hun bliver 15. Siden har hun solgt den del af sig, som han har voldtaget - aldrig den del, hvori hun selv lever, græder, går og kommer.

Doralice kommer fra en fattig landsby. Faderen vil gerne have hende i skole. Men den politiker, der har lovet at betale (imod en stemme) betaler ikke. Madame Larência lover at opdrage hende. Og hun gør faktisk noget ud af det. Da Doralice bekymrer sig for om hun er ved at blive en slem pige, forklarer Madame Larência, at nej sådan nogen trækker på gaden. Doralice skal være Meritrice, et nyt ord, sammensat af merit, der på fransk betyder det samme, og actrice (skuespillerske). Og det er jo fortjenstfuldt. Og så lærer Doralice at klæde sig, spise pænt, virke attraktiv, virke afvisende, forsvinde i mængden o.s.v.

Vi oplever politiets jagt på gadebørn, dets sociale forskelsbehandling og kommissær Del Bosco - hertil en beskrivelse af tortur, der er tydelig, præcis, tilstrækkelig og netop til at holde ud at læse.

Bogen har moret mig som sjældent. Den er rig og fascinerende.

Bogen bør bestemt oversættes til dansk - direkte fra portugisisk !!!



Nogle citater:


« Dans tout ange, il y a un démon qui sommeille.»» 58

-Profession?
— Profession? répéta Madame Larência dans l’intention de gagner du temps afin de réfléchir à une réponse plausible. Eh bien, monsieur le commissaire, ‘disons que je vends des articles raffinés à certains messieurs de bon goût, répondit-elle, en essayant de se rendre sympathique aux yeux du policier qui, tête penchée sur son bureau, prenait des notes. Ou, si vous préférez, entremetteuse, maquerelle, ou peut-être encore technicienne spécialisée en femmes altruistes ? dit-elle, le manière enjouée. Car elle ne cachait pas ses activités consistant à faire commerce de chair fraîche, tout comme on vend des gâteaux, des vêtement ou des parfums. 61

La proposition
— Vous ne désirez pas une vie meilleure que la votre, pour votre fille ? demanda-t-elle au père de Doralice, tout là-bas au fin fond du sertao de Paraiba.
— Sur que si, dona. Mais dans la misère ou qu’on est, y pas même moyen de payer l’école. A la dernière votation, y a bien un monsieur qu’est venu ici. Il m’a promis de payer les études à la p’tite, si je votais pour lui. J’ai fait ça qu’y voulait, mais jusqu’à aujourd’hui, la pauv’ gamine, elle sait seulement les quelques broutilles que sa grand-mère a pu y apprendre. Peut être qu’à la prochaine votation...
— Mais non, allez! Donnez-moi la petite. J’en ai déjà élevé une douzaine. Une bouche de plus ou de moins... ça ne fera aucune différence.
- Ah, mon Padim Ciço’! Que ton nom soit sanctifié! Va, ma fille, et obéis bien à la madame. Comme si c’était ta propre mère.
Une fois à Recife, Madame Larência habilla la jeune fille de pied en cap.
- Est-ce que le monsieur, il peut-il graver vot’ nom au dos de cette mignarde p’tite groumette ? demanda Doralice.
— Ouais, mais arrête de causer comme à la cambrousse. ajouta Madame Larência. Cette gourmette n’est pas mignarde, elle est mignonne.
- Et qu’est-ce que je vas faire comme travail, dans le Sud ? s’enquit Doralice.
— Relations publiques, précisa la maquerelle. Rien que des clients riches et importants. Il suffit de leur faire plaisir. Et de ne jamais dire non. 61-2

Des espérances
A Rio, après être passée chez le dentiste, le coiffeur. et dans une boutique ou elle fut habillée de vêtement provocants, la jeune fille se plaignit de s plaignit de sa première rencontre:
— C’est affreux, il a voulu abuser de moi.
Madame Larência, navrée, leva les yeux au ciel. soupira et caressa le dos poilu d’Osiris dont les entrailles gargouillaient:
— Ce qui est affreux, ma petite, c’est de crever de faim dans le sertao. Si tu veux repartir là-bas, je te donne ton billet de retour. Aujourd’hui même. Mais si tu restes, sache une bonne chose: celui qui te paie a le droit d’exiger de toi tout ce qui lui fait plaisir. Ils ne veulent pas te prendre ton âme, mais seulement embrasser ton visage et caresser ton corps. Et tu n’es absolument pas obligée d’avoir du plaisir: il suffit de faire semblant.
Les yeux jaunes du chat brillaient comme de l’or. A certains moments, il découvrait ses dents ou se léchait la patte.
Doralice comprit alors que la réalité ne s’accordait pas avec ses espérances.
— Tante Larência, est-ce que je ne serais pas quand même un peu en train de devenir une femme légère?
— Légère, ma petite, nous le sommes toutes. Tu veux sans doute dire une pute.
— Oui, c’est ça.
- Une pute, c’est une femme qui s’offre sur le trottoir. Toi, tu es une méritrice’ - une jeune fille à la fois pleine de mérite et de talents d’actrice.
— Ah bon? Comme ça alors, ça va, dit Doralice, soulagée.
Madame Larência apprit à la jeune fille à bien se tenir: s’asseoir à table, lire un menu, plier et déplier sa serviette, utiliser verres et couverts. Dans le domaine du maquillage, se mettre du fond de teint et du blush sur les joues, passer du rimmel sur ses cils, du rouge sur ses lèvres. Choisir ses vêtement. Mais aussi savoir se parfumer et se coiffer conformément à son état d’esprit et à ses obligations. Les cheveux tirés, quand elle voulait passer inaperçue dans la rue; ou brossés, pour leur donner du volume, quand, la nuit, elle désirait aguicher le client.
Elle lui montra comment mettre dans son regard le pouvoir de séduire ou de repousser, d’exprimer de l’intérêt ou de l’indifférence, de la tendresse ou de la colère. 62-64

.. elle donna aux hommes son autre corps - non celui dans lequel elle vivait, pleurait, allait et venait, mais celui qui avait été violé par son père. 70

La rédaction était une extension de son être. Il y était entré peu de temps avant que la presse brésilienne ne crée un concours pour recruter de nouveaux reporters pourvus d’un diplôme en journalisme. Depuis lors, le profil de la profession avait subi des changements importants. On y trouvait désormais essentiellement des jeunes gens bien de leur personne, vêtus à la dernière mode, experts en informatique, parlant un jargon ou se mêlaient le portugais et l’anglais. Ils se référaient à New York comme s’ils y étaient nés, se complaisaient dans une attitude condescendante vis-à-vis des initiatives politiques et économiques des pays industrialisés et limitaient leurs critiques à l’encontre du gouvernement à certaines ironies n’entraînant en aucune manière le risque de faire tomber le pouvoir des mains des élites.
Marcelo ne se distinguait pas, quant à lui, par de tels raffinements, mais seulement par son talent à transformer n’importe lequel des événements ordinaires en une nouvelle digne d’attention. II savait pourtant qu’à moyen terme son sens du reportage cesserait d’être un atout. Rédactions et rédacteurs se modernisaient. Ainsi, à l’instar des moines qui n’avaient plus besoin, comme autrefois, de parcourir le monde pour sauver des âmes. les journalistes s’enfermaient désormais dans leurs bureaux et travaillaient grâce à leurs équipements électroniques. Nombreux étaient ceux qui ajoutaient une interprétation personnelle aux faits purs et simples. 93

Mais, à ce jour, elle n’avait rien obtenu de mieux qu’un travail d’employée de maison, à mi-temps, dans la résidence somptueuse d’un richissime homme d’affaires. Elle se vexait, si on lui disait qu’elle était «bonne à tout faire», se définissant plutôt comme «technicienne spécialisée en polissage des métaux nobles » - expression qu’elle avait reprise de la bouche de seu Marçal. 96

- Rosaura, votre situation est pour le moins délicate, ‘ menaça Del Bosco, non sans une certaine gêne. Il était parfaitement conscient qu’au cours d’une enquête, la police procédait différemment, en fonction du statut social de la personne interrogée. Nous savons que vous connaissez l’assassin, bluffa le commissaire, ainsi qu’il est conseillé dans le Manuel, au chapitre «Comment presser une orange pour obtenir du jus de fraise», Les joues de la jeune fille rougirent. Puis pâlirent. Les larmes se mirent à couler abondamment de ses yeux ronds. Elle sortit un mouchoir de son sac et y enfouit son visage. Le mouvement de ses épaules rythmait ses pleurs silencieux. 97

Plus tard seulement, Cãndido découvrirait que, malgré sa crasse et sa pauvreté, Rio est une ville enchanteresse, d’une beauté qui flatte le regard et enivre l’esprit. 113

Dévot de Thor, l’Egyptien Horus avait fait tout ce qu’il fallait pour initier sa jeune employée aux courants spirituels qui rapprochent les eaux du Nil de celles du Gange. Il s’en allait souvent passer des mois en Amazonie, se passionnant pour les croyances indigènes, les légendes des bords du fleuve, les mythes de la forêt. La maison restait alors sous l’autorité de Dinó, unique disciple fidèle qu’Horus ait réussi à convertir au Brésil. 116

- Des siècles de répression, s’écria le professor, nous ont transmis cette barrière schizophrénique entré sentiment et sexe. Un jour, nous retrouverons notre unité sexuelle, sans répression ni tabou. Même l’inceste sera dépassé, car nous en reviendrons à l’innocence originelle.
- À la liberté primordiale qu’Adam et Eve ont connue, suggéra Cãndido.
- Et perdue, observa Lassale.
Plein de fougue, Bramante le regarda. Son visage semblait enflé. Sa voix sortit plus grave:
- Et perdue. Mais pas à cause du sexe. Dieu, s’il existe, n’admet pas de concurrence. 133

J-M
. Appuyée à une fenêtre, une femme - peau bronzée, une créole à l’oreille gauche - observait le travail. Son regard fier était dénué de prétention. Comme quelqu’un qui préfère garder ses distances en Comme quelqu’un qui préfère garder ses distances en présence de situations inconnues. La salle sentait le neuf.
La jeune femme s’accroupit et posa le genou droit au sol afin de retirer les appareils qui se trouvaient dans des cartons poses un peu partout. Son débardeur bâilla, lissant entrevoir deux seins fermes comme des fruits, sa jupe découvrit la cuisse. 145
J-M
Terrorisé, le factotum tomba à genoux. Il leva les yeux et, les mains jointes vers celui qui l’interrogeait. il supplia:
- Doutor, par tous les saints du Paradis, je jure que je sais pas. J’ai rien à voir avec la mort de seu Marçal!
Del Bosco regarda les deux hommes:
- OK, emmenez-le.
Il était deux heures de l’après-midi.
A huit heures du soir, Jorge Maldonado avait déjà fait naufrage dans toutes les mers du globe; il avait avalé es chutes du Niagara, absorbé toutes les chasses d’eau des chiottes de la terre; ses poils s’étaient hérissés sous les coups cinglants de la gégène; il avait rejeté par l’anus et la bouche toutes les substances de son organisme. Mouliné par toutes les locomotives du monde qui, en l’emmenant vers la gare de la mort, l’avaient fait voyager parmi toutes les douleurs et traverser l’obscurité de tunnels creusés dans les entrailles de l’horreur, Jorge - avant d’atteindre sa destination finale - se décida enfin à tirer la sonnette d’alarme.
Il signa tous les papiers qu’on voulut. Apres quoi, il s’abîma dans un profond sommeil. 170
Bramante se sentit blessé, mais il préféra se taire afin d’éviter que sa colère ne l’entraîne à répéter le geste qui avait marqué le sommet de leur dernière dispute: une gifle en pleine figure. C’était à présent la thérapeute qui parlait: cette psychanalyste qui s’était introduite dans son ménage et qui, petit à petit, avait écarté la femelle et la compagne qu’il avait épousée. Ce n’était pas une tête qu’il voulait dans son lit; et moins encore des discours et des réprimandes. Ce qu’il voulait, c’était me femme avide d’être pénétrée par tous les orifices de son corps et de son âme.
Paloma avait une autre vision des choses. Son mari n’avait pas su combattre l’amoindrissement de leur désir réciproque, au cours des premières années de leur mariage. Leurs corps s’arrondissaient; leurs vies professionnelles ne laissaient que de rares moments à la paresse amoureuse; la routine matrimoniale avait refroidi l’avidité avec laquelle ils se donnaient, autrefois, l’un à l’autre. Cela ne l’inquiétait pas. A l’aide de ces fils qui se détendaient, elle tâchait de tisser la toile de la tendresse et de la complicité dans laquelle se bercerait l’amour qui les unissait. Elle n’ignorait pas que la vie à deux est un voyage au milieu des villes et des déserts, qui passé nécessairement par des moments de lumière et d’obscurité, de silence et d’extase. Mais qui exige pourtant des voyageurs une vertu que son mari ne connaissait pas: une croyance pieuse dans le mystère de l’amour. 188
—Dis, tatie, qu’est-ce que tu penses: c’est l’homme qui choisit la femme ou c’est la femme qui choisit l’homme? Demanda Beatriz, pendant que le garçon posait devant elle un verre de jus d’orange dont la taille cachait presque son visage.
—Ce sont les femmes qui choisissent les hommes, dit Mônica, même si nous leur donnons l’impression que ce sont eux qui nous choisissent.
— Comment peux-tu affirmer ça avec tant de certitude ? Interrogea Cãndido, intrigué.
Mônica se tourna vers lui.
— La preuve réside dans un phénomène biologique ;out simple: c’est l’ovule qui choisit un spermatozoïde parmi des millions qui se présentent à sa porte. 215-6
—Je lis les résultats d’une enquête réalisée par le professor Bramante sur la vie sexuelle.
—Pourquoi qu’y va pas au bordel.’‘
Cãndido interrompit sa lecture et la regarda:
—Parce que, là ou tu dis, les dés sont pipés. La femme fait semblant d’avoir du plaisir, alors qu’en réalité elle n’est intéressée que par l’argent du client. Il s’agit plus d’extorsion que de relation.
—Ouais, cette histoire-là, je la connais par coeur, dit Beatriz.
—Comment ca, tu la connais par coeur.’‘ demanda Cãndido, surpris, en faisant pivoter sa chaise à roulettes pour se trouver face à elle.
—Le concierge d’un hôtel, à Flamengo raconta la fillette, il me trouvait des gringos pleins aux as; des qui avaient envie de baiser. Je montais dans leur chambre; je me les niquais un petit coup vite fait; je prenais le fric, et je me cassais en vitesse. Y’avait qu’un blême: il fallait arroser le concierge - fifty-fifty. 218-9
—Moins la personne se sent coupable, répondit Cãndido, plus sa vie sexuelle est tranquille. 229
Vous n’imaginez pas de quoi l’espèce humaine est capable! J’ai eu des clients qui jetaient du mais par terre, rien que pour voir la femme picorer comme une poule. 252
— Vous connaissez ces revues ? s’enquit le commissaire d’un ton de défi en les jetant sur la table. au moment ou Madame Larência, inquiète du fait d’être convoquée une deuxième fois, s’installait en face de lui. C’étaient des photos de femmes nues dans des poses pornographiques.
—Ecoutez, commissaire, de même que vous aimez sans doute feuilleter des publications sur les armes et lire des histoire policières, oui, je parcours assez souvent ce type de revues. Cela fait partie de mon métier. Presque toutes les filles dont je m’occupe posent pour ce genre de photos. 260
Entré le corps et l’esprit
Le complet rose dans lequel Diamante Negro arriva au commissariat plongea le commissaire Olinto Del Bosco dans la plus grande perplexité:
- Cette façon de vous habiller, c’est de la provoc’ ou un truc de folie ? demanda-t-il en recevant le témoin.
- Ah, commissaire, ce n’est pas vraiment le moment de vous payer ma tronche. Je crève de trouille d’être la prochaine victime. Je vois déjà les journaux: « Lapa: un travesti transformé en boudin noir.» Ah, mon Dieu, les journalistes sont d’un tel niveau d’ignorance qu’ils ne connaissent pas même la différence entré un travesti et un transformiste.
Del Bosco aurait bien voulu lui demander des explications, mais il préféra ne pas s’inclure parmi les ignorants. 262
En revanche Larência et Rosaura... Je sais bien que vous préféreriez ne pas entendre ce que je vais vous dire, mais mon journal pense que la police est impliquée dans l’affaire, comme dans la majorité des crimes commis par des personnes au-dessus de tout soupçon.
Le commissaire grimaça un sourire;
—Ecoutez, Marcelo, je ne vais pas prétendre que dans la police il n’y a que des saints. Je sais bien que certains collègues pratiquent l’extorsion de fonds, le proxénétisme, ou même protègent bicheiros et trafiquants de drogue. Mais de là à jouer au serial killer... Non, ce n’est pas dans nos moeurs. C’est un truc pour ceux qui ne fonctionnent pas bien dans leur tête. 264-5
Interlude
- Odid, la flammèche qui s’est logée dans mon coeur ne cesse de brûler chaque jour plus intensément. C’est devenu un immense brasier. Même les soucis que j’ai avec Bia ne m’empêchent pas une seule seconde de ne penser qu’à Mônica.
- C’est un sentiment plus fort qu’avec Cibele?
- Il est possible qu’avec Cibele j’aie connu les premiers émois de l’amour; j’avais une sensation de bien-être. C’était comme manger du chocolat: cela me procurait d’abord une sensation de caresse interne, mais après je ressentais une soif immense.
- Rien de semblable à ce que tu éprouvais pour Ângela ?
- Avec Ângela, c’était l’exaltation de la chair, le désir enivrant, l’explosion de la volupté.
- Et à présent ? Qu’est-ce qu’il y a de nouveau ?
- Maintenant, je savoure le goût amer de la passion. Je me sens emporté dans une transe qui me fait tourbillonner, comme en apesanteur, autour de ce visage qui me semble être la porte d’un monde réel. tissé de fils de rêves.
-Et pourquoi tu ne le lui dis pas ?
- Je redoute qu’elle s’en rende compte, car je suis loin d’être sur que ce sentiment soit partagé. Je ne l’ai jamais surprise à me regarder comme moi je la regarde. Pourtant, la manière dont elle s’inquiète pour Bia... Moi, même de loin, je sais chacun des gestes qu’elle fait. Et je donnerais une fortune pour être sur qu’en ce moment précis, elle pense à moi comme je pense à elle. 266-7
Face à l’assemblée des patents et amis des mariés. L’officiant exalta, dans son homélie, la fidélité conjugale. Diamante Negro soupira à l’oreille de dona Dinó:
—Je l’adore, celle-là! Nous n’arrivons même pas à nous être fidèles à nous-mêmes, pensez donc, quand il s’agit des autres...
Puis, comme s’il était programmé à dire certaines choses sans tenir compte du public auquel il s’adressait. le moine prêcha contre l’avortement. Il souligna son amitié avec le marié et insista sur la formation intellectuelle de la mariée, le tout dans un cliquetis de mots sans inspiration, truffé de citations en latin qui ne disaient rien à personne.
Ce qui frappa Rosaura, c’est qu’à aucun moment il ne prononça le mot amour. 292
Mis en verve par le whisky, quelques éditeurs entretenaient, dans un coin, une conversation animée sur le marché du livré. De l’avis général, les affaires n’allaient pas. Le prix du papier avait augmenté, le gouvernement avait réduit ses achats de livrés scolaires. les distributeurs exigeaient de plus gros bénéfices, et. confrontées à la récession qui menaçait le pays, les librairies fermaient les unes après les autres.
Certains éditeurs admettaient que, s’ils n’allaient pas la faillite, ce n’était que grâce à la littérature de développement personnel et aux publications de vulgarisation religieuse, destinées à toucher davantage la sensibilité des lecteurs que leur raison.
L’important, insistait leur hôte, avec l’autorité que lui conférait le relatif succès de sa collection «Troisième millénaire», c’est que les textes ne comportent pas d‘aspect théologique et ne puissent être assimilés à une quelconque confession. Il faut qu’on y trouve essentiellement des métaphores et des références religieuses très variées.
Le lecteur ne doit jamais se sentir concerné par le péché. Il est indispensable d’éviter tout terme obligeant a recourir au dictionnaire. Les textes doivent comporter une bonne dose de personnages mystiques: gnomes, anges, démons et magiciens. Et il faut que Dieu y apparaisse aussi populaire qu’un chanteur de rock, qu’il interprète des chansons dont l’accompagnement musical couvre l’indigence des paroles. La production du spectacle se doit d’être, à la fois, apolitique et soignée, afin de lui laisser réaliser sur scène des acrobaties époustouflantes. Bref, beaucoup de bruit et peu de matière. Le public ne veut pas penser. Il veut seulement vibrer. 292-3









Orla Jordal, 2007

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